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Au début, plusieurs chemins s’ouvraient à nous, tous aussi captivants les uns que les autres. On aurait très bien pu, par exemple, appeler le festival de cette année "Jeunesses à l’italienne", tellement semblent s’imposer, par leur intensité, les destins de ces jeunes gens auxquels la vie révèle soudainement ses pièges et ses délices (voyez "Billo", par exemple, ou le petit Raul dans "Liscio", ou encore Luca, qui découvre l’amour "La nuit avant les examens").

   
Ou alors, on aurait pu nommer notre manifestation " L’heure de vérité" si on avait voulu pointer, comme le font avec une profonde sensibilité certains de nos films ("Saturno contro", tout comme "Non pensarci"), ces moments de la vie où l’on dresse des bilans et l’on mesure les distances établies avec ses propres aspirations. Puis finalement, on s’est dit : pour cette 12e édition, on ira verso sud...

Bien sûr, s’agissant de l’Italie, ce n’est pas très original : ce pays n’attire-t-il pas l’aiguille de l’imaginaire européen vers les limites extrêmes du continent, là où les rivages de la Méditerranée sont peu à peu inondés de senteurs et de couleurs africaines ? Mais cette année la voie semblait toute aimantée, il fallait bien se diriger vers le sud si on voulait, encore une fois, saisir l’originalité et la surprise là où elles surgissent. C’est ainsi que nous avons d’abord plongé, au sud-est, vers le pays le plus diamétralement éloigné des rives atlantiques : la région des Pouilles, dit Rubini, est un lieu de mémoire et de mystère, où les anciens codes d’honneur et les liens de sang (comme dans le film"La terra") peuvent encore survivre aux transformations les plus profondes. L’identité même de certaines régions semble à jamais plombée d’archaïsmes, jusqu’au jour où le cinéma en dévoile les formes toutes particulières de modernité. Pensez aussi à la Sardaigne : île aux accents secrets et primitifs ? Sans doute, mais voyez comment Enrico Pau trace l’image d’un monde qui, après un silence séculaire, vit maintenant l’urgence de raconter ses histoires. Et la modernité de ces histoires, Pau (dans "Pesi leggeri" ou dans "Jimmy"), tout comme Sanna ("La destinazione") ou Grimaldi ("Un delitto impossibile"), la distillent avec lucidité et passion. D’autres régions encore, au Sud, cette année, semblent s’être magnétiquement chargées : ils ont beau vouloir tous la quitter, leur Calabre natale, les jeunes cinéastes de "L’abbuffata" de Mimmo Calopresti ne pourront qu’y revenir : " qui è nato tutto", c’est ici que tout est né, que tout a commencé… et c’est ici, face au déferlement des vagues de la mer Méditerranée, que viennent parfois se briser les plus beaux rêves… Pourtant, parmi ces rêves, il y en un qui persiste d’une année à l’autre, porté par l’entêtement des désirs plus profonds : l’amour pour le cinéma, la fascination de l’écran, l’attirance que le septième art exerce sur différentes générations de spectateurs. C’est avec cet amour-là que notre festival entend renouer, en proposant en clôture, vingt ans après sa sortie, "Nuovo Cinema Paradiso", le film qui incarne la meilleure tradition du cinéma italien populaire, débordant de générosité, de chaleur et de tendresse.


Gloria Paganini